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L'Aliénation Parentale en quelques mots

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Je livre ici ma définition de ce phénomène suite à la constatation des malentendus, souvent lourds de conséquences autour de cette notion, en particulier quand elle est utilisée dans une expertise ou jugement. Cette notion fait actuellement l’objet d’un intérêt particulier et de vives contreverses sur la manière de la définir et sur les moyens d’y faire face.
 
- Personnellement je refuse d’employer le terme de syndrôme pour qualifier ce phénomène, ce terme ayant une connotation médicale ou psychiâtrique, ce qui est loin de se justifier dans tous les cas.
 
- Pour moi (et pour bien d’autres), le terme d’ alénation parerentale s’applique spécifiquement à l’ENFANT et non à l’adulte.
 
- Le mot aliénation dans ce cas n’a rien à voir avec le terme d’aliénation mentale. Le mot aliénation est ici utilisé dans son sens premier qui est de « rendre ÉTRANGER. »
 
- L’aliénation parentale affectant un enfant peut se définir comme l’attitude de rejet profond et massif d’un enfant vis à vis d’un de ses parents.
- On parle d’aliénation parentale quand ce rejet se manifeste alors qu’il y avait auparavant une bonne relation entre l’enfant et le parent « rejeté »
- Quand ce rejet est massif, sans nuance aucune( au point de nier qu’il y ait eu une bonne relation précédemment ou de ne pas reconnaître la moindre
qualité au parent rejeté).
- Quand les faits reprochés au parent rejeté sont futiles ou complètement disproportionnés par rapport à l’intensité du rejet.
- Souvent le rejet s’étend à tout ce qui entoure le parent rejeté (famille, amis etc..) avec qui l’enfant entretenait auparavant de bonnes relations.
- On distingue trois niveaux d’aliénation selon l’intensité, la profondeur, et le degré d’irréversibilité du rejet... : Aliénation sévère, moyenne ou légère.
 
 
RÔLE DU PARENT DIT ALIÉNANT
 
 
Dans certains cas ( plutôt rares ), le rejet vient exclusivement de l’enfant lui-même malgré les efforts réels et sincères du parent pour encourager la reprise des liens parent-enfant avec l’autre parent. Il existe des situations où l’enfant s’est senti lui-même franchement trahi ou abandonné et est en outre personnellement choqué de voir la souffrance et la détresse ( souvent bien réelle ) du parent avec qui il reste après une séparation parentale, surtout si celle-ci est soudaine et incompréhensible pour l’enfant.
Il se produit alors souvent ce que j’appelle le phénomène d’ « association de victimes », dans laquelle la souffrance de l’enfant entre en résonance avec celle du parent « abandonné » et prend une ampleur d’autant plus grande (« Regardez ce que papa -ou maman- NOUS a fait ! »)
 
- Très souvent le parent le plus présent auprès de l’enfant joue un rôle dans cette aliénation.
 
Ce rôle peut être
 
    - très actif :
 
    haine affichée, pression, lavage de cerveau systématique.
 
    - moyennement actif :
 
    installer un climat de défiance, de dénigrement plus ou moins subtil vis à vis de l’autre parent,et faire vivre l’enfant dans une situation qui l’incite à valoriser son propre milieu parental au détriment de l’autre :
    - séduction, flatterie, hyper protection et hyper valorisation de l’enfant
    - afficher et utiliser son statut de victime et susciter activement le phénomène d’ « association de victimes » avec ses enfants.
 
    - légèrement actif :
 
    Le premier mouvement de rejet vient de l’enfant lui-même, mais le parent « aliénant » soutient activement l’enfant dans ce mouvement et se retranche derrière l’ « envie » de l’enfant pour ne rien faire pour encourager l’enfant à reprendre contact avec le parent rejeté.
 
    - passif :
 
    l’autre parent reste neutre et laisse aller les choses sans réagir, avec une attitude fataliste (« c’est un problème entre l’autre parent et l’enfant, ce n’est pas à moi à intervenir »)
 
 
UNE VISION SYSTÉMIQUE DE L’ALÉNATION PARENTALE
 
 
En cas de rejet parental avéré de la part d’un enfant,il est rarement adéquat de considérer qu’ily a nécessairement d’un côté un parent purement aliénant et de l’autre un parent purement aliéné.
 
Je trouve plus adéquat de parler de considérer le phénomène d’aliénation parentale comme le résultat d’un PROCESSUS d’aliénation que comme un syndrôme...
Ce processus se joue à trois pôles : le pôle paternel , le pôle maternel et le pôle « enfant(s) »...
Ce processus s’inscrit dans une histoire, histoire qui débute à la naissance de(s) enfant(s) et qui a des prémisses dans la fondation du couple et des projets de famille dans le chef de chaque conjoint. Dans ce projet (conscient et inconscient ) est inclus la place et le rôle que chacun entend donner à l’autre comme père ou comme mère du futur enfant.
Puis, après la naissance intervient la longue et complexe aventure du tissage des liens familiaux et des places et rôles de chacun...
 
Au moment de la séparation, la crise du couple s’inscrit dans un contexte et une histoire familiale bien déterminée.
La crise du couple peut avoir l’effet de radicaliser ou caricaturer des places déjà « installées » du moins dans l’esprit du partenaire (« Il n’y a aucune raison que tu prétendes t’occuper des enfants, alors que tu ne t’es jamais intéressé à eux »).
La crise peut aussi avoir l’effet inverse : bousculer complètement les liens et rôles qui s’étaient solidement construits jusque là ( « après de tels mensonges, trahisons, abandon, tu ne mérites plus toute la confiance qu’on avait mis en toi »).
Sans rentrer dans les détails, il me paraît clair que le processus d’aliénation parentale peut dès ce moment se développer soit lentement et insidieusement soit de manière très rapide, selon l’intensité des émotions, des conflits, et de l’absence de communication vraie qui amplifie considérablement le processus.
 
D’où l’importance considérable de la manière dont la crise est vécue et gérée au moment de la crise de couple et dans la crise après séparation : au plus il y a d’incompréhension et de sentiment d’injustice, au plus les enfants seront en souffrance, pris en otage (les mettant dans un conflit de loyauté insupportable) aboutissant souvent à la situation d’aliénation parentale.
 
Souvent l’aliénation parentale est vécue par l’enfant comme le seul moyen de sortir du conflit de loyauté en « choisissant son camp »
 
La situation d’aliénation parentale est donc la résultante d’un processus très complexe dans lequel les réactions de chacun provoquent des réactions complexes chez chacun des autres, réactions qui à leur tour amplifient les réactions du premier…le résultat étant souvent une rigidification de plus en plus irréversible des « positions » de chacun, le comportement rigide de l’un justifiant la rigidité croissante de l’autre( « Je suis naturellement tolérant, mais ça je ne peux pas laisser passer ! » ou « je suis bien obligé de me défendre ou de protéger mes enfants ») .
 
Cette vision systémique du phénomène n’exclut évidemment pas que dans certains cas, l’un ou l’autre parent soit atteint d’une pathologie franche( paranoïa, mégalomanie, manipulations perverses,, sadisme etc..) ou dans un état d’esprit destructeur ou vengeur qui nécessite des mesures de protection radicales et rapides à l’endroit des enfants...
Je pense néanmoins que dans la plupart des situations d’aliénation parentale,il convient d’agir en essayant d’abord de comprendre le processus qui a abouti à cette situation.
( Je soutiens que souvent le parent qui reçoit l’étiquette de parent « aliénant » réagit par un sursaut d’indignation qui le conforte dans sa position, se sentant victime d’un jugement injuste de la part de la société, s’ajoutant au sentiment d’avoir subi un sort injuste de la part de son ex-conjoint ).
 
Ensuite, il faudrait pouvoir travailler à ce que chaque pôle qui fait partie du problème puisse également faire partie de la solution , en ce compris donc le parent réputé « aliénant ».
Ce n’est qu’en cas d’impossibilité ou d’échec d’une telle approche que des mesures plus fermes et radicales devraient être mises en place, tout ceci dans des délais assez rapides.
Le terme d’aliénation parentale commence à se répandre dans le public et dans les prétoires.
Il convient d’éviter que ce terme ne devienne un outil de confrontation de plus que les « parties » peuvent s’envoyer à la figure pour déstabiliser l’autre dans la foulée des accusations abusives de harcèlement, d’abus sexuels, de manipulation,...
 
 
RÔLE DES INTERVENANTS
 
 
Dans un tel contexte, les intervenants judiciaires et psychosociaux jouent souvent un rôle soit de régulateur, soit, le plus souvent un rôle d’amplificateur des conflits, les intervenants  ( y compris les médiateurs) étant instrumentalisés dans une logique de confrontation dans laquelle les enfants sont pris également, amplifiant donc la rigidification des positions des « parties ».
 
Face à des situations de ce genre, la première question qui devrait être posée à chaque personne concernée serait ; « sommes nous ou non en présence d’un enfant qui a rejeté ou qui est en train de rejeter massivement un de ses parents ? ».
 
Si le rejet est reconnu, il convient de demander aux deux parents si ce rejet est ressenti comme une situation dommageable pour l’enfant ou non.
 
Ici , à propos de ce rejet interviendront toute une variété de réponses et de justifications sur les quelles nous ne nous étendrons pas .
 
L’essentiel est de mettre les parents d’accord sur le FAIT qu’il y A ou qu’il y a eu un PROCESSUS de rejet parental dans le chef de l’enfant (sans désigner par avance un responsable ou un coupable).
Si les parents reconnaissent que chacun , enfant compris est CONCERNÉ par l’émergence de ce rejet, que ce rejet pose un problème, surtoutà l’enfant, on peut leur demander s’ils sont preneurs d’une démarche qui tenterait de résoudre cette problématique. ( ex : médiation, guidance parentale...).
S’il y a refus ou que la démarche révèle la mauvaise foi d’un parent, le parent responsable du blocage devrait savoir qu’il peut s’attendre à des mesures contraignantes à son endroit   ( ex : renversement de l’hebergement principal).
Il serait entendu au départ que l’intervenant soit actera l’accord réalisé par les parents, soit fera un rapport au juge sur les raisons et la responsabilité de l’échec, désignant éventuellement le parent qui s’oppose à toute collaboration parentale.
 
D’une manière globale, humainement et stratégiquement, il me paraît nécessaire au départ de l’approche de ces problèmes, de mettre l’accent sur la recherche commune de SOLUTIONS par rapport à un processus que de partir sur la désignation à priori d’un coupable ou d’un malade.
 
Il est hautement souhaitable également que les intervenants agissent sans tarder de concert avec respect,tact, efficacité et modestie .
 
Benoît Van Dieren ( 2004 )
 
 
 
 Commentaires :
 
Re: L’ALIENATION PARENTALE EN QUELQUES MOTS(Score: 0)
by Anonymous on Oct 02, 2004 - 09:26
Il était utile de donner ces précisions, notamment terminologiques sur le sujet. Le débat sur le SAP (ou PAS en anglais) a été déplacé par des personnes mal intentionnées sur la personnalité de Gardner que l'on accuse d'acquointances pédophiles. C'est le cheval de bataille du Dr Maurice Berger relayé par des associations comme "chiennes de garde" en France (voir leur site internet). Il était donc temps d'élever un peu le niveau du débat.
Le terme de syndrome est en effet inapproprié et la notion même d'aliénation doit être reprise dans le sens indiqué par BVD.
Une de mes étudiantes avait tenté de revisiter ce concept en essayant d'appliquer la "grille" proposée par Gardner. Il s'avère que cette grille n'est pas toujours très efficace et demanderait également à être sérieusement revue à partir d'analyses casuistiques un peu serrées.
L'initiative prise ici me paraît donc fort intérressante pour toutes ces raisons.
Gérard Poussin
Professeur de psychologie
Université Pierre Mendès France
 
 
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Re: L’ALIENATION PARENTALE EN QUELQUES MOTS(Score: 0)
by Anonymous on Oct 16, 2004 - 10:53
 
> benoit, jean-yves, bonjour
 
j'ai lu le texte de benoit vd sur le site mentionnné
cela me semble clair et nuancé, rien à redire
le point faible, mais c'est le point faible de tout article honnète et non
partisan (comme le nôtre?), c'est qu'il n'y a pas de solution évidente, hormis
de tenir sur certains principes
 
Dr Philippe Kinoo
Unité pédopsychiatrie
UCL Bruxelles
 
 
 
 
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Re: L’ALIENATION PARENTALE EN QUELQUES MOTS(Score: 0)
by Anonymous on Oct 16, 2004 - 01:43
bonjour benoît
je suis largement d'accord avec ce que tu écris, notamment avec une lecture systémique du phénomène d'aliénation parentale, lecture qui est ignorée par les promteurs nord-américains du concept....
 
je reste par contre très réservé sur l'idée de déplacer à nouveau l'enfant de domicile....sauf les rares cas où il est manifeste que, involontairement d'ailleurs, le parent avec qui il vit et ses alliés lui sont clairement toxiques (p. ex parent activement et lourdement parano)....
 
Dans les autre cas, ça n'arrange souvent rien : le processus systémique continue en miroir....
Une application très compliquée de cette résevre que je prône est : que faut-il faire si le parent chez qui vit l'enfant a eu l'air de l'enlever ( p.ex enlèvement international)...deux ans avant...en invoquant ses doutes (maltraitance sexuelle par ex.)....je reste non sûr que la moins mauvaise solution est de le rendre au parnet refusé, qui recommence tout de suite le même jeu en miroir (cfr cas de la petite Colette en Belgique : le père a la loi pour lui, mais il refuse autant la mère que celle-ci ne le faisait à son égard dans le passé.
si tes lecteurs veulent un point de vue proche du tien, en plus détaillé, ils peuvent lire notre article sur le même thème, rédigé par P Kinoo et moi
 
Bien à toi,
JY Hayez