UNE CHARTE DES AVOCATS ?
Ecrit par Benoit Van Dieren
UNE CHARTE DES AVOCATS ?
PRÉAMBULE
Face à l’augmentation considérable du nombre de séparations et de divorces, y compris les séparations conflictuelles et parmi celles-ci celles où existe un risque réel de perte du lien parental, l’exigence d’un « traitement » à la fois plus humain et plus efficace par l’ensemble des professionnels (en particulier des avocats) se fait sentir.
Je ne répéterai pas ici ce que j’ai déjà écrit par ailleurs sur ce site à propos du sentiment d’impuissance de beaucoup de parents à poursuivre après une séparation conflictuelle le rôle de responsabilité parentale ( à fortiori conjointe ) et corrollairement de l’impuissance de plus en plus fréquente de la Justice à répondre adéquatement à ce sentiment d’impuissance parentale, n’ayant plus alors comme recours que de donner ( à son corps défendant) les pleins pouvoirs à l’enfant, confondant le véritable intérêt de celui-ci avec ses envies.
Cela provoque entre autres non seulement une inversion délétère des rapports de « pouvoir » et de responsabilité dans les liens parents-enfants, mais plus grave encore, un sentiment de toute puissance de l’enfant, non seulement par rapport à ses parents, mais également par rapport à la Loi, représentée par la Justice ( et les intervenants « annexes » ), se fondant sur la croyance largement répandue que ( au moins à 12 ans ), « c’est l’enfant qui décide » .
Sans le savoir, et certainement sans le vouloir, la Justice donne ainsi une belle prime au plus « fort » ( qui a l’avocat le plus « efficace ») et au meilleur manipulateur de l’enfant.
Pour avoir eu depuis de longues années des contacts nombreux et variés (en tant que médiateur et expert) avec les milieux judiciaires et parajudiciaires, je puis affirmer qu’un nombre grandissant de magistrats manifestent une réelle préoccupation par rapport à la lenteur et à la fréquente inadéquation du fonctionnement judiciaire face aux situations les plus litigieuses et délicates en matière familiale.
A cela s’ajoute souvent ( dans les situations où existe un risque réel de perte de lien parental ) la tiédeur, la frilosité, parfois la naïveté ou l’aveuglement de beaucoup d’experts qui dans un souci obsessionnel d’apaisement et de non-jugement , aggravent encore la lenteur, les tâtonnements et dysfonctionnements déjà bien présents. Je développerai ce sujet dans un article ultérieur sur ce site.
Le résultat de tout cela est très souvent un délabrement total de ce qu’il y avait encore moyen (au départ ) de sauver des liens et de l’état psychologique des personnes directement concernées .Dans un tel contexte, la médiation , souvent appelée à la rescousse , n’est qu’une scène supplémentaire où le talent du meilleur manipulateur va pouvoir s’exercer en ayant encore gagné du temps pour cimenter encore un peu plus les positions radicalisées de chacun.
DANS LE CADRE JUDICIAIRE
C’est la raison pour laquelle il me semble que l’approche proposée sur ce site : une action coordonnée où la Justice encadrerait une action psychosociale directive mais stimulant la collaboration parentale ( voir les autres articles sur ce site ), paraît pertinente , souhaitable et même réalisable par un nombre croissant de professionnels, en particulier des magistrats.
Cette logique d’intervention implique plusieurs conditions, la principale étant que tous les intervenants agissent de manière cohérente et concertée dans cette logique de stimulation à la collaboration parentale optimale, et en particulier de la part des avocats qui jouent un rôle de premier plan auprès de leur client.
Ceux-ci , dans le cadre précis de ce type de démarche, devraient au moins provisoirement abandonner la logique classique de confrontation.
En ce qui me concerne, quand je fonctionne dans cette logique ( éclaircissement, dépistage, guidance rapide ), après avoir vu chaque personne concernée une fois, j’adresse rapidement un même mail aux parents, conseils et au juge pour faire le point sur l’état des lieux sommaire et provisoire de la situation et sur les perspectives qui se dégagent ou non . Si à ce stade le risque de perte de lien parental me paraît avéré, avec obstruction manifeste d’un parent, ( ou parent dangereux ou toxique ) ce constat sera clairement exprimé, laissant au juge le soin d’en tirer les conséquences (par exemple astreinte, inversion de l’hébergement, éventuellement placement momentané de l’enfant, examen psychiatrique. ..)
Par rapport à ce mail, les parties sont invitées à réagir si elles le souhaitent, bien entendu.
DANS LE CADRE EXTRA-JUDICIAIRE
En dehors de ces actions qui s’inscrivent dans le cadre d’une mission judiciaire,il m’arrive de plus en plus souvent de tenter (souvent avec succès ) une guidance familiale avec la collaboration des avocats , et souvent à l’initiative de ceux-ci, ce que je trouve fort appréciable.
Dans ce cas, après avoir vu les parents et les enfants, le plus souvent séparément, il m’arrive d’organiser une réunion comprenant les parents, leurs conseils et moi-même pour tenter de dégager ensemble des pistes de solutions, suite à quoi j’envoie à chacun un mail faisant part succintement de mes conclusions.provisoires. Ces conclusions peuvent à chaque fois être commentées par les parties concernées.
Suite à quoi la poursuite de la guidance familiale peut s’avérer nécessaire ou non . Si c’est le cas, elle se poursuit selon le même principe d’évolution dans la transparence , conseils inclus..
CONDITIONS DE POSSIBILITE
Que ce soit dans le cadre judiciaire ou extra judiciaire, pour qu’une telle logique fonctionne, il faut non seulement que chaque parent choisisse un conseil qui fonctionne dans cette logique, mais encore faut-il que chaque parent (et le juge ) puise être assuré que la partie « adverse » ( notez bien les guillemets ) ait fait le même choix par rapport à son conseil à lui.
LA CHARTE
A cette fin, je propose que les avocats convaincus de la pertinence de cette logique élaborent un texte-martyr de « Charte des avocats promoteurs de la collaboration parentale ».
Les avocats familialistes ( de préférence ceux ayant suivi une formation à la médiation familiale, mais pas nécessairement ) ayant accepté et signé cette charte figureraient sur une liste qui permettraient aux personnes souhaitant fonctionner dans cette logique de trouver un avocat « adéquat » et de s’assurer que l’avocat « adverse » fonctionne lui aussi dans la même optique.
Je signale au passage que lors du module de formation (CSJ) que j’ai donné aux magistrats belges en décembre 2005 sur L’Aliénation parentale, un magistrat m’a confié que des magistrats de plus en plus nombreux tentaient de repérer les avocats qui fonctionnent dans une logique de confrontation pure et dure systématique , et que ceux-ci étaient écoutés par ces magistrats de manière beaucoup plus critique et réservée que ceux qui fonctionnent dans la transparence et la recherche de consensus.
J’espère (et je suis convaincu) que tôt ou tard vu le marasme personnel et sociétal dans lequel se trouve enlisé les familles et le système judiciaire par rapport à ces problèmes aigus et souvent inextricables, les interventions judiciaires dans ce domaine devront, par souci moral ou par nécessité ( à moins d’accepter le chaos et la loi de la jungle comme « normale »), s’orienter dans la direction de cette articulation la plus judicieuse possible entre la sphère judiciaire et la sphère psychosociale.
INVITATION
Dans cette optique, j’invite donc les avocats motivés et volontaires à proposer le texte de cette charte, tâche pour laquelle je me sens relativement incompétent.
Une fois cette charte constituée, les avocats qui l’acceptent figureront sur une liste où les particuliers motivés par cette logique pourront choisir, et que les magistrats pourront proposer aux justiciables acceptant de fonctionner dans cette optique.
Puis-je demander aux avocats motivés par cette initiative de me proposer un texte-martyr.
Chaque texte proposé sera publié sur ce site.
Je les en remercie d’avance
Benoît van Dieren
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