L'expertise classique est-elle adéquate?

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L' EXPERTISE CLASSIQUE EST-ELLE ADEQUATE

 

dans les situations de risque de perte du lien parental ?

 

      PRéAMBULE

 

Avant de lire le présent article, je considère comme indispensable à la bonne compréhension du lecteur d'avoir préalablement lu les deux articles suivants qui figurent sur le site ACALPA.

Pour ce faire, cliquez (sur ce site-ci) sur la rubrique "liens" en haut à gauche sur la page d'accueil.

Dans la liste des liens, cliquez sur le premier lien : ACALPA

Arrivé sur la page d'accueil d'ACALPA,, cliquez (sur la colonne de gauche) 

 

1) sur la rubrique "Nos invités".

     Là , je vous invite à lire l'interview de  de Madame LASBATS,, psychologue clinicienne et expert à la cour d'appel de Douai.

 

2) sur la rubrique "Des solutions" qui ouvre une fenêtre où je vous invite à cliquer sur " UN RÔLE NOUVEAU POUR LES EXPERTS A COCHEM" par le professeur TRAUDL FUCHSLE-VOIGT

 

       BREFS COMMENTAIRES SUR CES DEUX ARTICLES

 

-A)      De l'interview de Madame LASBATS, je retiens quelques phrases-clef :

 

1) ( à propos  des expertises dans les cas de Syndrome d'Aliénation parentale) : " Le problème c'est que ces personnalités là (ces parents aliénants) sont très difficiles à diagnostiquer, même pour des professionnels très avertis. Ces personnalités-là arrivent à inverser les situations , ce qui entraîne  des flous énormes et des spirales perverses, et ce qui amène des avis très différents au sein es équipes professionnelles qui approchent l'enfant."

 

2) ( à propos de l'opportunité des thérapies en pareille situation) : " C'est là que tout notre savoir , notre expérience antérieure va être remise en question ...  ... nous sommes là face à un échec de la psychothérapie.;"

 

3) ( à propos de la Médiation familiale dans une vignette clinique qu'elle expose ) : "...Pierre refuse toujours de voir son père alors que des médiations familiales avaient été entamées et que tout semblait bien se passer."

 

4) ( en ce qui concerne l'action des professionnels) : " L'approche collégiale est très importante. La lettre que nous avons transmise au juge, nous l'avons également  transmise au père et à la mère, ainsi qu'à l'éducatrice....

 

5) (Comment "évaluer" un parent aliénant ?) ... " il y a dans le chef du parent aliénant  une absence totale d'accesibilité à un discours modéré, et souvent de sa part , de l'opposition. Ces propos relèvent sur le long terme, d'une confusion entre conjugalité et parentalité. La façade sociale est généralement très bien maintenue."..

 

6) ... tout cela est (très souvent) un phénomène inconscient et il est très difficile de le faire parvenir au conscient du parent aliénant.

 

7)  " Les parents aliénés et aliénants ont tos besoin d'être aidés (mais généralement séparément). L'enfant aussi a besoin d'être accompagné et protégé"...

 

B )    De l'article du professeur TRAUDL FUCHSLE VOIGT , je retiendrai trois  paragraphes:

 

1)  "Cela signifie avant tout que le Tribunal de la Famille, 

en tant que donneur d’ordre, fournit un espace libre 

à l’expert en lui permettant d’aplanir les conflits, sans 

persister à le confiner dans une activité diagnostique 

classique qui consiste à produire des expertises 

détaillées. Cela ne signifie toutefois pas que, dans 

des cas isolés, il ne soit pas nécessaire que de telles 

expertises aient lieu."

 

-2) "C’est le fait que tous les professionnels collaborant 

ont souscrit à l’objectif « aplanir les conflits », qui a  

permit d’établir une coopération en confiance et de 

fixer les bases d’une pratique réussie depuis dix ans". 

 

 

3)  "Les experts psychologiques devraient utiliser 

davantage leur savoir à supporter et à interagir dans 

la médiation des conflits afin de construire avec les 

parties concernées une relation de confiance pour 

atteindre ensemble, des solutions dans les situations 

de séparations et divorces."

  

 

          L'EXPERTISE AU REGARD DU CRITERE DE  "RISQUE DE PERTE DU LIEN PARENTAL"

 

Trois parmi les dénominateurs communs des deux articles ci-dessus me paraissent être les suivants :

 

1) Ils reconnaissent tous les deux la pertinence et la gravité du phénomène d'Aliénation parentale

 

2) Ils recommandent avec force, dans ce type de situation une approche radicalement différente par rapport aux thérapies, médiations et expertises classiques.

 

3) Ils recommandent tous les deux une approche résolument interdisciplinaire "serrée" avec un partage du travail et des informations utiles à chacun., quitte à assouplir la sacro-sainte notion de confidentialité.

 

            A la lecture  de mes articles sur ce site, le lecteur aura compris que l'approche que je préconise est très proche de ces deux auteurs ( parmi d'autres qui oeuvrent dans la même ligne) qui constituent une catégorie de professionnels encore très minoritaires dans l'ensemble des professions concernées par ce type de situation.Dans un article ultérieur, je tenterai de donner mon explication à ce manque de crédibilité de cette approche et à la frilosité de la plupart des professionnels dans ces situations.

 

           La nouveauté que je pense introduire dans cette approche déjà novatrice peut paraître anodine ou consister en un simple remplacement d'un concept ( le SAP) par un autre ( "Risque de perte du lien parental" ) qui s'en rapproche très fort.

 

Je pense , au risque de paraître prétentieux, que l'utilisation de ce concept comme point de départ  de toute démarche judiciaire ou psycho-sociale

 

  1) permet de donner une chance, même minime à un début de collaboration parentale dans les cas d'aliénation légère ou moyenne, alors que l'utilisation d'entrée de jeu du concept de SAP provoque presque toujours une réaction indignée et un blocage total de la personne visée par rapport à une possible collaboration parentale.

 

  2) fait gagner un temps considérable, car elle permet d'agir immédiatement, avant le travail long , fastidieux  et générateur de contreverses très passionnelles et parfois interminables autour de ce diagnostic de Syndrome d'Aliénation Parentale quasi toujours déniée énergiquement par la personne visée et l'enfant lui-même tout autant scandalisé que l'on mette en doute sa bonne foi et sa liberté de pensée.

 

       Le point de départ de la démarche que je préconise est relativement simple et clair : 

 

 1) Le constat ( incontestable ) que l'enfant n'a plus eu de contact avec son parent ( secondaire ) depuis "x" temps.

 

 2) La reconnaissance par les adultes responsables et tous les intervenants que cette absence de contact prolongée entraîne un très grand risque de perte   du lien parental.

 

 3) ( si possible ) La reconnaissance que ce risque de perte pose un problème grave pour le bien être et l'évolution future de l'enfant.

 

La reconnaissance par tous des points 1 et 2 est suffisante pour entreprendre immédiatement des démarches visant à préserver l'enfant de problèmes qui risquent de s'aggraver fortement avec l'inertie et le temps qui passe.

 

Le diagnostique d'aliénation parentale sera alors éventuellement posé ( souvent assez rapidement ) DANS LE COURS DE CES PREMIERES INTERVENTIONS.

 

Dès ce moment, les mesures appropriées seront prises.

 

Il est important pour la cohérence et l'efficacité de cette démarche que le parent responsable de la manipulation soit clairement informé des conséquences de son refus de collaborer au rétablissement des lien de l'enfant avec l'autre parent, et des sanctions probables qu'il risque d'encourir ( astreinte, inversion de garde, placement... ).

 

Il doit savoir aussi que les magistrat se sentent réellement prêts à l'appliquer.

En effet, un des facteurs importants favorisants le S.A.P. est la croyance ( justifiée jusqu'à présent ) que la Justice face à ce problème se révèle soit impuissante soit incapable d'appliquer réellement ce que la loi permet ( "ils n'oseront tout de même pas aller jusque là!!..." ).

Le simple fait que les menaces de sanctions soient réellement prises au sérieux désamorcera, j'en suis convaincu, une bonne partie de ces processus.

 

LE RÔLE DE L'EXPERT DANS UN TEL CONTEXTE

 

 

Je suis au fil du temps devenu de plus en plus proche du point de vue du Dr TRAUDL FUCHSLE VOIGT selon lequel en cas de risque du perte du lien parental, une expertise classique ( avec son volet essentiellement diagnostique, impliquant à son corps défendant un aspect de "jugement" sur la valeur personnelle et la compétence parentale d'un parent par rapport à l'autre ) s'avère très souvent inutile et même contre productive.

 

Je propose donc, chaque fois qu'un risque de perte du lien parental se profile clairement selon les critères objectifs définis plus haut, que le Tribunal initie une démarche qui ne soit en tout cas pas une démarche de médiation familiale, ni d'expertise classique, ni de thérapie, mais un travail RAPIDE et clairement circonscrit consistant à donner un avis sur les question suivante : 

 

 1) "dans la situation présente il y-a-t-il oui ou non danger de persistance ou d'aggravation du risque de perte du lien parental et en cas de réponse positive, qui vous parait en être le responsable principal : le parent "proche" ou le parent rejeté lui-même?".

Si l'enfant est adolescent, "quelle vous parait être la part de volonté propre et autonome de l'adolescent lui-même dans ce processus?"

 

 2) "quelle vous parait être la suite la plus adéquate à donner votre démarche?"

 

 a) Une médiation familiale?

 b) Une expertise plus approfondie?

 c) Un examen psychiatrique d'un ou plusieurs membres de la familles?

 d) Une guidance familiale?

 e) Le placement de l'enfant?

  f) Eventuellement une inversion de la "garde" de l'enfant?

 

LE TRAVAIL PLURIDISCIPLINAIRE

 

Au niveau de l'organisation d'un travail pluridiscipinaire, il convient d'explorer toutes les pistes possibles compatibles avec le système juridique pour que le psy, les parents et les conseils soient parties prenantes à l'ensemble du processus .

 

Personnellement, après chaque entrevue, je rédige un bref compte-rendu envoyé par mail aux parties, aux avocats et au juge pour que chacun soit au courant  de l'avancement de la démarche et puisse réagir au fur et à mesure en temps réel.

Cette démarche déjà expérimentée par moi, avec la collaboration étroite d'un juge semble avoir déjà produit ses fruits, relativement rapidement.

 

Benoît Van DierenÂ